Monocoque Safran : mots croisés Marc Guillemot/Charles Caudrelier Benac

Par Mille et une vagues

Monocoque SafranA un mois du départ de la Transat Jacques Vabre – le 8 novembre – le duo de Safran fait le point sur sa préparation et les particularités du parcours entre Le Havre et le Costa Rica. Interview croisée.

Où en êtes-vous de votre préparation à 30 jours du départ ?

Marc Guillemot : « Nous sommes en stage de navigation en double avec Charles au Pôle France ‘Finistère Course Au Large’ de Port-la-Forêt. Avec Safran, on se confronte à d’autres favoris (Foncia, Brit Air, Akena Vérandas, Artemis, etc, ndr) sur des petites régates d’entraînement, à la journée. On observe et on peaufine nos réglages. Nous aurons  toujours des détails à améliorer jusqu’au dernier moment, car tendre vers la perfection est inhérent au sport de haut niveau. Mais nous sommes prêts : les voiles neuves sont testées, les pilotes automatiques optimisés, le bateau sera armé en configuration transat en double dès la fin de cette semaine, avec tout l’équipement à bord… bref, tout va bien. On navigue le plus possible avec Charles d’ici le départ, passer quelques nuits en mer, travailler la météo… »

Charles Caudrelier Benac : « Avoir un bateau exceptionnel comme Safran permet de ne pas gamberger sur la vitesse, d’être très serein et de se concentrer sur les détails. Pour la Transat Jacques Vabre 2007,   nous n’avions qu’un mois de navigation derrière nous et il restait beaucoup à faire : ma job list était alors pleine tous les soirs… Aujourd’hui, Safran navigue depuis deux ans, nous savons que c’est un bon bateau, il ne nous reste plus qu’à nous concentrer sur nous. »

Que pensez-vous du parcours inédit vers Puerto Limon, au Costa Rica ?

Marc Guillemot : « Il est un peu plus long, d’environ 400 milles, et surtout très intéressant, sachant que la première marque de parcours est Saint Domingue, à laisser à tribord. De l’autre côté de l’Atlantique, donc. Cela laisse le champ des possibles totalement ouvert ! La palette de choix stratégiques est très large et la dernière partie de la course, entre l’Arc Antillais et le Costa Rica, s’annonce bien délicate. Cela remplace largement la difficulté du Pot au noir, à mon avis. »

Charles Caudrelier Benac : « Pour moi c’est le parcours transatlantique par excellence, un peu comme la Transat Anglaise. C’est très différent des transats où il faut d’abord naviguer  au sud. On devra affronter les phénomènes météo qui passent souvent d’ouest en est à cette époque de l’année avant de négocier au mieux les influences des deux anticyclones, celui des Açores puis celui des Bermudes. Pour moi, le jeu est beaucoup plus stratégique et donc intéressant sur ce parcours. »

Encore de l’inédit : le routage est interdit sur cette édition. Vos réactions ?

Marc Guillemot : « C’est très bien ! Cela oblige les équipages à se creuser les méninges sans jamais attendre quoi que ce soit venant de la terre. C’est une autre façon de naviguer, en faisant ses propres analyses et le jeu est beaucoup plus intéressant comme cela. J’aime bien l’aide que peuvent nous apporter les routeurs à terre avant le départ, mais en mer c’est vraiment important de savoir analyser seuls les données météo qu’on peut récolter, les interpréter, et tracer sa route avec. »

Charles Caudrelier Benac : « Tout a fait d’accord avec Marco. Un marin complet doit savoir faire sa route seul. Et quand on a fait un tour du monde en solo sans assistance, normalement on doit pouvoir aussi être capable de faire une transat en double ! Et puis nos bateaux sont sécurisants : on met le pilote et on a le temps de réfléchir, je ne dirais pas la même chose en multicoque, où le routage est aussi un élément de sécurité. »

Vous allez travailler la météo avant le départ avec Sylvain Mondon de Météo France ?

Marc Guillemot : « Oui, il va venir passer deux jours avec nous et nous aurons aussi une journée avec Jean-Yves Bernot, dans le cadre du centre d’entraînement. C’est toujours bon de confronter nos points de vue, de se préparer à ce qui peut nous attendre. Les routeurs sont d’une aide précieuse dans la préparation, notamment dans la collecte de données avant le départ. »

Charles Caudrelier Benac : « Sylvain va nous éclairer, notamment sur le dernier quart du parcours, entre les Antilles et le Costa Rica. Car si nous avons tous beaucoup de transats à notre actif et qu’on connaît bien la route et les phénomènes météo jusqu’aux Antilles, très peu connaissent le dernier millier de milles. Tout peut se jouer là, c’est énorme ! Il y a de grosses différences de températures, l’influence des terres et même celle du Pacifique… bref ça peut être assez complexe et on va sûrement passer beaucoup plus de temps là-dessus avec Sylvain que sur le début de la traversée de l’Atlantique. »

Marc et Charles, complices et équipiers, sont fin prêts pour la Transat Jacques Vabre. D’ici le départ, il reste quelques petits détails encore à affiner, mais l’essentiel est déjà là pour atteindre leur objectif : « faire mieux que deuxième » affirme Marc Guillemot.

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