Régates Royales – Trophée Panerai : Un temps de demoiselle

James Robinson Taylor
Sous un régime anticyclonique stable, les trente et unièmes Régates Royales-Trophée Panerai ont été marquées par les petites brises qui ont mis en valeur les équipages les plus affûtés et les tacticiens les plus opportunistes. Il fallait en effet jouer avec les bascules de vent et les variations de brise pour tirer la quintessence de ces sublimes Yachts Classiques ou s’extraire d’une flotte de 61 Dragon afin de viser le haut du podium.
Aucune des Régates Royales de Cannes ne ressemble à une autre ! Si le vent était musclé voire violent lors des deux dernières éditions, il n’en était pas de même cette année avec une brise modérée voire faible durant toute la semaine. La première journée était toutefois balayée par un flux régulier de Nord-Est qui offrait un spectacle sublime lors des passages de bouées, quand les immenses Classe J comme Shamrock V ou Cambria croisaient à portée d’étrave les mythiques 8mJI comme ElSinore et Anne-Sophie, les modernes 12mJI comme French Kiss, le 15mJI Tuiga, ambassadeur du Yacht Club de Monaco qui fêtait son centenaire, ou les fabuleux plans de William Fife III, Albert Mylne, François Camatte et autres Nathanaël Herreshoff : Thendara, Moonbeam, Tigris, Oriole, Aile VI, Avel…
Cette édition était aussi l’occasion de revoir une nouvelle fois à Cannes, les cinq Pen Duick rassemblés pour une tournée méditerranéenne, mais aussi de découvrir le 15mJI Mariska, tout juste remis à l’eau après deux années et demie de travaux de rénovation par les Charpentiers Réunis de La Ciotat. La Marine Italienne confirmait son intérêt grandissant pour les voiliers de tradition avec Chaplin, un nouveau venu dans la flotte qui s’est avéré un redoutable concurrent parmi les Classiques Marconi…
Régate triangulaire
Du côté des 79 Yachts Classiques, le vent mettait un peu de temps à se mettre en route, mais c’est avant 13h00 que les premiers coups de canon étaient donnés en baie de La Napoule pour le parcours n° 8, un multiple triangle juste devant la grande plage de Cannes. La brise de secteur Nord-Est d’une dizaine de nœuds permettait de conserver le spinnaker longtemps sur ce côtier essentiellement couru au largue. Et les équipages ahanaient sur les cordages pour manœuvrer dans un mouchoir de poche à l’abord des bouées du parcours… Magnifique ballet lorsque les centaines de mètres carrés de spinnaker étaient avalés dans la soute pour faire place au yankee et à la trinquette ! Cette dernière manche déterminait la hiérarchie finale car le classement de nombreuses catégories se jouait sur les derniers mètres de ce parcours raccourci.
Mais rien en pouvait entamer la supériorité du centenaire Tuiga qui s’imposait encore, et remportait donc aisément les Régates Royales chez les Big Boats tandis que Moonbeam of Fife, Moonbeam IV et Cambria se départageaient enfin à l’issue de cette quatrième manche au profit du voilier battant pavillon français. De même, Graham Walker ne faisait pas une erreur sur ce parcours qui propulsait son Rowdy une nouvelle fois sur la plus haute marche du podium, devant Jean-Philippe L’Huillier (Oiseau de Feu) et Rui Macedo Silva (Seven Seas of Porto) ! Surprise parmi les Classique Marconi de moins de 15 mètres : Chaplin avait superbement débuté la rencontre mais Borja Pella, en gagnant les deux dernières manches, prenait le commandement : Galvana se hissait à la première place avec un seul point de marge sur le voilier de la Marine italienne…
Nette domination pour Florence Urrutti qui propulse Sagittarius au sommet parmi les Classique Marconi de moins de 15 mètres, tandis que Guiseppe Giordano a eu bien du mal à se défaire de Francis van de Velde dans la catégorie Epoque Aurique : Bonafide s’adjuge finalement le général avec un seul point d’avance sur Oriole… Enfin, indécision jusqu’à la ligne d’arrivée de cette ultime manche parmi les Epoque Marconi puisqu’ils étaient trois à prétendre à la victoire : Georg Hanns Klein hisse son 8mJI Anne-Sophie tout juste devant Claudio Mealli car Peter n’a pas été très à l’aise sur la dernière manche, et devant Bernard Duc sur ElSinore qui a toujours magnifiquement manœuvrer pendant ces Régates Royales.
Tout feu tout flamme
Après quelques minutes d’attente pour que la brise s’établisse devant l’île de Sainte-Marguerite, les Dragon prenaient le départ de la manche 3 vers midi dans un vent de secteur Nord-Est six nœuds, sans rappel général ! Et c’est le Suédois Stephan Windberg (Linnea) qui coupait la ligne en premier, suivi comme son ombre par le redoutable Britannique Yvan Bradbury (Blue Haze) qui en profitait pour conforter son avance au classement général. Le Russe Anatoly Loginov (Annapurna) était en effet éliminé sur pavillon noir (départ anticipé) et l’Irlandais Olaf Sorensen (Christinia), troisième de cette manche, prenait ainsi la place de dauphin au classement général sur trois manches. Le premier Français était cette fois Bertrand Moussie (Green) à la cinquième place de cette manche 3. Le Comité de Course tenait à lancer une nouvelle manche à suivre pour valider l’épreuve puisqu’il fallait un minimum de quatre régates. Et cette fois, les Dragonistes étaient trop pressés sur la ligne de départ : rappel général !
Cette quatrième et dernière manche était donc capitale pour définir les deuxièmes et troisièmes marches du podium car il était quasiment acquis que l’Anglais était le grand vainqueur de ces Régates Royales en Dragon : une place de deuxième et deux victoires à son actif avant l’ultime rencontre… En terminant septième de cette manche 4, Yvan Bradbury s’assurait définitivement de la victoire au classement général, avec une bonne marge de manœuvre sur l’Italien Guiseppe Duca (Cloud), régulier aux avant-postes. Le vainqueur de cette ultime régate était en effet le Finlandais Kenneth Palmgren (Juliana) devant son compatriote Christian Borenius (Thouban) qui montait ainsi sur la troisième marche du podium au classement général sur quatre manches. L’armada française était finalement emmenée par Bertrand Moussie (Green) qui terminait à une belle neuvième place, tandis que les grands favoris, le Russe Anatoly Loginov (Annapurna), le Norvégien Poul Hoj-Jensen (Danish Blue) et l’Allemand Thomas Müller (Sinewave) n’ont pas été très à l’aise sur le plan d’eau cannois en terminant respectivement 12ème, 17ème et 23ème…
Classement général des Dragon (après quatre manches)
1-Blue Haze (Bradbury/Hendriksen/Willet) GBR : 12 points
2-Cloud (Duca/Ponce/Berenger) ITA : 24 points
3-Thouban (Borenius/Borenius/Pernici) FIN : 27 points
4-Princess Jalina (Palmer/Bradworth/de Andrade) GBR : 32 points
5-Christiana (Sorensen/Payne) IRL : 37 points
Classement général Big Boats (après quatre manches)
1-Tuiga (Alberto Miani) 3 points
2-Moonbeam IV (Mikael Créac’h) 7 points
3-Moonbeam of Fife (Erwan Noblet) 10 points
Classement général Epoque Aurique (après quatre manches)
1-Bonafide (Guiseppe Giordano) 4 points
2-Oriole (Francis van de Velde) 5 points
3-Avel (Christopher Austin) 7 points
Classement général Epoque Marconi moins de 15m (après quatre manches)
1-Anne-Sophie (Georg Hanns Klein) 5 points
2-Peter (Claudio Mealli) 6 points
3-ElSinore (Bernard Duc) 7 points
Classement général Epoque Marconi moins de 23m (après quatre manches)
1-Rowdy (Graham Walker) 3 points
2-Oiseau de Feu (Jean-Philippe L’Huillier) 6 points
3-Seven Seas of Porto (Rui Macero Silva) 11 points
Classement général Classique Marconi moins de 15m (après quatre manches)
1-Sagittarius (Florence Urrutti) 4 points
2-Swala (Luciano Brovelli) 6 points
3-Astrée III (Jacques Guillaume) 7 points
Classement général Classique Marconi moins de 23m (après quatre manches)
1-Galvana (Borja Pella) 4 points
2-Chaplin (Bruno Puzone Bifulco) 5 points
3-Emeraude (Vitorio Cavazzana) 6 points
Classement général Spirit of Tradition (après quatre manches)
1-Choices (beat Kuehni) 4 points
2-French Kiss (markus Daniel) 5 points
3-Duclop (Robin Detraz) 7 points
Classement Super Tofinou (après quatre manches)
1-Grey One (4 points)
2-Cambronne (8 points)
3-Nirvana II (14 points)
Classement 8mJI (après quatre manches)
1-Elsinore (7 points)
2-Anne Sophie (8 points)
3-France (9 points)
1929 : les Régates Royales
Pour honorer le roi Christian X du Danemark, skipper et barreur du 6mJI Dana, la Société des Régates de Cannes et l’International Yacht Club transforment leur traditionnelles régates de printemps en Régates Royales. Car après la Première Guerre Mondiale, les rendez-vous cannois redeviennent à la mode et en 1929 : « les régates sont redevenues ce qu’elles étaient du temps où le Britannia, barré par le prince de Galles, labourait la baie de Cannes. Chaque année, le roi de Danemark qui est un fervent de la mer, veut bien honorer de sa participation, les régates dites royales, et dans lesquelles il remporte des succès qui ne sont nullement de complaisance. » A la barre de Dana, le 6mJI de Madame V.G. Graae, le roi affronte dix autres concurrents au cours de ces premières confrontations. Christian X remporte deux manches dans la brise et termine une fois deuxième… Il sera toujours présent à Cannes jusqu’en 1936 et reviendra une dernière fois en 1939. Le roi de Danemark se fait construire quatre 6mJI pour les Régates Royales : Dan (1932), Dan II (1935), Dania (1936) et Dan III (1939). Cette année marquera la domination du 8mJI Gaulois conçu par l’architecte naval cannois François Camatte.
Mais les rendez-vous de Cannes périclitent et tombent dans l’oubli dans les années soixante.
Heureusement, Jean-Pierre Odéro relance l’épreuve à l’automne 1978 en faisant régater les 8mJI et le 6mJI qui sont encore nombreux dans la région. Directeur du Nautisme à la ville de Cannes, il imagine le Festival International de la Navigation de Plaisance et assure l’animation avec les Régates Royales, nouvelle formule : l’épreuve est ouverte aux seuls voiliers de la Jauge Internationale. Trois 8mJI et un 6mJI répondent à l’appel en 1979 dont le plan de François Camatte, France, et le voilier de Philippe Monnet, Cœur Vaillant. Septembre est devenu le mois des rencontres des Métriques auxquels s’adjoignent les Dragon, Star et Requin…
La venue d’Elizabeth Meyer est un événement majeur pour les Régates Royales en 1991 : à bord de son Classe J Endeavour, elle relance l’intérêt pour les Yachts Classiques après les souvenirs de Britannia, d’Ailsa, de Satanita… Les voiliers de tradition vont désormais venir en force à Cannes aux côtés de voiliers métriques. 1994 est l’année de l’ouverture aux Yachts Classiques : le trois-mâts goélette Adix, mais aussi Créole et Orion, les 15mJI The Lady Anne et Tuiga du Yacht Club de Monaco, Partridge l’un des plus anciens yachts du monde encore à flot… La dynamique est lancée et le rendez-vous cannois est désormais un must pour les Yachts Classiques qui participent au circuit Panerai et aux évènements de toute la Méditerranée ! Imaginées il y a quatre-vingt ans, relancées il y a trente et un ans, les Régates Royales animent le plan d’eau cannois comme au temps des rois, des princes et des ducs…
Situation météorologique
Toujours de hautes pressions sur la France et des dépressions orageuses sur le Sud de la Méditerranée, et si un voile nuageux couvrait ce samedi matin la Côte d’Azur, il se dissipait légèrement au fil de la journée. Le vent variable le matin avec des températures de 20°C s’orientait au secteur Nord-Est d’une dizaine de nœuds en début d’après-midi, ce qui permettait de lancer deux manches pour les Dragon et une dernière régate pour les Yachts Classiques en clôture des Régates Royales de Cannes. Et pour la course de ralliement vers Saint-Tropez dimanche midi, le vent faible à la côte se renforcera au large de secteur Nord à Nord-Est jusqu’à quinze nœuds sur une mer peu agitée.
